Du journal de France Culture

 

S’instruire du passé. Avec Françoise Hildesheimer, Philippe Lançon, William Marx… 22/05/2020 Par Matthieu Garrigou-Lagrange et Pierre Cattaneo La Revue de presse des idées |Les pandémies ont toujours existé, mais leur traitement a changé au fur et à mesure des siècles. Diverses voix dans la presse prennent la parole pour remonter le fil de nos réactions passées face à des pandémies.
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la Peste à RomeExtrait : La chloroquine et le professeur

 

La Fontaine est décidément souvent mis à contribution lorsqu’il s’agit de se  replonger dans les épidémies passées. Ainsi Philippe Lançon, dans Libération, avec son article intitulé "Les joies du quinquina, lointain ancêtre de la chloroquine", revient sur la rédaction par le fabuliste du "Poème du quinquina" en 1682.

Ce texte est un hommage au Roi Soleil et à ce médicament découvert par les jésuites au Pérou, tandis que des épisodes de fièvres déciment la population française. Le quinquina fait alors fureur : "Il apparaît dans les salons, les lettres, les livres, et même dans les cabinets. Dans un monde soumis aux médecins de Molière et dépourvu d’antalgiques, la mort et la souffrance sont partout, chez les puissants comme chez les autres. La Fontaine le rappelle : «Pandore, que ta boîte en maux était féconde ! / Que tu sus tempérer les douceurs de ce monde ! / A peine en sommes-nous devenus habitants, / Qu’entourés d’ennemis dès les premiers instants, / Il nous faut par des pleurs ouvrir notre carrière : / On n’a pas le loisir de goûter la lumière »".

"Comme le quinquina n’est pas sans efficacité, beaucoup y voient donc un remède miraculeux. Les temps d’épidémie activent un mélange d’information, de charlatanisme, de politique et d’opportunisme. Le sujet ou le citoyen se trouve écartelé par ces différents chevaux. La situation lui permet rarement de savoir quel est le bon".

Difficile de ne pas voir l’actualité se mirer dans cette histoire de quinquina : "Les saillies spectaculaires du professeur Raoult et les réactions qu’elles provoquent rappellent les aventures du quinquina" poursuit Philippe Lançon, "La Fontaine utilise ce sujet à la mode, qu’il vulgarise et politise, pour montrer sa virtuosité. A la cour de Louis XIV, les guéris par le quinquina sont exhibés, invités, commentés. Ce sont des rescapés du fiévreux péché humain"

 

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