Je vais essayer de livrer quelques réflexions sur l’expérience de confinement, telle que je la vis en ce moment.

D’abord, une réflexion sur le mot : pensée.

Nous avons tendance à dévaluer la pensée, considérant que l’élan spontané de l’être n’a pas besoin de la pensée.  La pensée serait même une entrave à la liberté et à la vérité, au surgissement de la poésie.

Précisément, je ne le pense pas.  Et le fait d’utiliser à dessein le mot « penser » prouve bien à mes yeux que la pensée est nécessaire.  Il ne sert à rien de la nier, ni de la refuser.

La pensée, telle que je la comprends, est vertu.  Elle est courage.  Elle est conscience, active et décisive.  Elle pèse, elle pose, elle porte.  Elle supporte, enveloppe.  Elle assure la force et la cohérence de l’expression. Elle donne la densité et la mesure, elle permet l’action.

En ces temps, jugés difficiles, vécus comme difficiles, j’ai envie de redécouvrir la pensée, la creuser.  J’ai envie de creuser ma pensée, pour la préciser, pour m’y retrouver, en ce qui me tient en vie.  Y sentir ce qui m’est important, ce qui m’importe, ce qui me relie au monde et me tient membre du monde.

Confinement ne peut pas, pour moi, signifier oubli de la pensée.  Au contraire, je ressens celle-ci comme urgemment nécessaire.  J’ai besoin de la penser, la soigner, la protéger, la nettoyer, la purifier, la maintenir ardente, puissante.  La pensée du cœur et de l’agir, celle du courage d’oser être soi et le dire.  Habiter ma pensée, en tant que force et guide. 

Si la force de l’amour déplace les montagnes, c’est je crois parce qu’elle est pensée.

La pensée est une lame de fond.
Ainsi, pour moi, se confiner, c’est aussi l’occasion d’affiner sa pensée et se la confier.

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04/04/2020

Un nouveau monde est-il en train de se féconder ? L’épreuve du moment serait-elle devenue la chance de refonder notre monde, de repenser notre mode d’être ?

Vaste incertitude, éclatement des repères.  On se raccroche au pieu support de notre mémoire. 

Qu’est devenu le nécessaire, l’indispensable ?  Nous sommes acculés à penser ce que nous voulions croire impensable ?

Confinement, est-ce se résoudre à finir ensemble ? Clore ensemble l’humanité ?  Ou se cloitrer, se tenir provisoirement en retrait, pour se concentrer sur l’essentiel ?  Réaliser ce que l’essentiel est ? Conscience et volonté ?  Analyser, pour comprendre et préparer, prévoir, protéger, préserver, corriger l'avenir.

Nous avons été invités en ce printemps à penser le courage.   Nécessité précise de cette époque particulière, inédite selon l’opinion commune du moment, appel au cœur et à l’agir.  Pour continuer à vivre. Mobiliser le ressort de l’existence, libérer les ressources de la vie.

Au-delà de l’humanité, adhérer à la communauté du vivant. S’y plier, à sa place, en humilité et en confiance.

 

Denis Laurent est secrétaire de l'Union des Ecrivains Vosgiens . Il a notamment mis en forme le dernier numéro des Cahiers Vosgiens ( n° 18, Insurrection poétique, 2018, et animé en 2019 deux ateliers d'écriture à Epinal : François Cheng et avec Fernand Didier Pierre Rabhi