René Vincent Viry, de la Bresse, auteur, plasticien et homme de théâtre ,s'exprime aujoud'hui sur Face Book

Et après, on fait quoi ?
Trois mois de contamination, quatre semaines de confinement, les règlements de comptes se font jour, la planète s'arrête et qu'entendons-nous ?
« Rien n'est fait, on manque de tout, c'est anormal, il faudrait faire comme ci ou comme ça, y a qu'à, c'est le moyen âge, il faut essayer ce médicament, surtout pas cette molécule, moi je sais, lui ne sait pas... C'est la faute aux gouvernants, aux décideurs financiers, administratifs, économiques. Evidemment ! Ils ont privilégié les bénéfices, négligé les stocks, ils n'ont rien anticipé, ils ont vendu les outils de production, fermé les établissements. C'est la faute à la Droite, à la Gauche, au ministre Machin, au professeur Bidule, au patron Untel, au banquier Tartempion. »
Le ton monte, les désaccords augmentent, les insultes apparaissent. À vingt heures aux balcons, les bonnes âmes clament leurs louanges aux courageux soignants pendant que les salauds pillent à la recherche d'un hypothétique matériel salutaire.
C'est également la faute aux gouvernés, aux financés, aux administrés, aux consommateurs. Eux aussi ont privilégié le gain, négligé l'essentiel, oublié de penser. Eux aussi ont vendu leur âme, fermé leurs regards. C'est la faute à Pierre, à Paul et à Jacques. Pour un peu, on en oublierait ce satané coronavirus. C'est curieux, personne ne l'a vu venir et tout le monde s'y attendait. C'est notre faute à tous, admettons ! Tous responsables, tous solidaires, désormais sauvons notre peau et protégeons la planète . Mea culpa, mea maxima culpa!
Mais nous allons nous relever. Nous allons nous battre et guérir et nous remettrons nos usines en marche. Nos unités de production seront relocalisées sur le territoire. Nous reconstituerons nos stocks, nous indemniserons les chômeurs et les entreprises. Nous emprunterons aux banques, tous ensemble nous gagnerons la guerre. Nous, nous, nous... recommencerons !
Maintenant que tout a été dit, critiqué, contredit, approuvé, on fait quoi ?
Quelles seront les conséquences de cette pandémie ? Les esprits naïfs ou ignorants, voire frileux, diront qu'il ne faut pas dramatiser, d'autres plus prétentieux affirmeront qu'aucun danger n'est à craindre, les plus inconscients jureront qu'il est irresponsable d'affoler. Est-ce être défaitiste que d'oser regarder la réalité en face ? Penser la suite, tenter d'anticiper sans ne rien refuser de l'évidence, quant bien même elle risque d'être douloureuse, est-ce être pessimiste ou réaliste?
Le confinement MONDIAL ne va pas s'arrêter à un instant T décrété par la loi. Il va durer plusieurs mois... Pendant une très longue période, dont nul à l'heure actuelle ne peut en déterminer la durée, le monde sera arrêté. Situation aux conséquences inconnues puisque jamais jusqu'au XXIè, les pays n'ont été aussi dépendants l'un de l'autre. Même les guerres les plus destructrices n'ont pu bloquer l'économie. Le coronavirus, lui, est un ennemi invisible qui s'attaque à tous les peuples, sans distinction sociales, politiques ou religieuses. Avant la mise en œuvre d'un traitement efficace ou d'un vaccin contre le virus, la meilleure protection est donc le confinement. En théorie, une diminution du nombre de personnes atteintes devrait être observée. Les hôpitaux géreront l'afflux des malades, l'approvisionnement du matériel de soins sera organisé et efficace. Médicalement parlant, on peut espérer une stabilité et une amélioration de la situation.
Économiquement il en sera tout autre chose. L'arrêt de l'activité économique aura provoqué des faillites, du chômage, des situations sociales et financières catastrophiques. Il sera impossible que les états puissent indemniser tout le monde. Même le système de protection sociale à la française n'y survivra pas. L'arrêt des activités provoquera des réactions catastrophiques en chaîne . Sans revenus, tous les consommateurs n'auront pour préoccupation première que de manger. Les autres dépenses passeront en second plan. Les règlements ( loyers, crédits, assurances, eau, électricité, etc... ) ne pourront être honorés. Les banques, les créanciers ne pourront exiger les remboursements. Il en sera de même pour les petites et moyennes entreprises, les artisans, les commerçants, les agriculteurs. Par effet induits, les grandes entreprises et les industries seront également frappées. Tout le système économique et financier sera en situation de faillite. Les états eux-mêmes appauvris, ne pourront pas exiger le versement des taxes et des impôts.
N'oublions pas que la situation est mondiale. Malgré les efforts innombrables fournis par tous les soignants, la pandémie fera particulièrement de nombreuses victimes dans les pays pauvres. Par manque de moyens sanitaires et médicaux, les pays du tiers monde risquent de vivre une insoutenable catastrophe humanitaire qui les appauvrira plus encore que les pays riches qui souffriront également d'une économie ravagée. Ces malheureuses circonstances rassembleront les individus dans un esprit d'entraide et de solidarité jamais vus depuis la dernier guerre mais il faudra un long temps avant que les gens assimilent l'incontournable réalité. Ce temps de réaction donnera aux derniers spéculateurs l'occasion malsaine d'augmenter les prix sur les produits de première nécessité, les délinquants et autres malfrats profiteront de la situation pour s'accaparer le bien d'autrui. Face à ce danger supplémentaire, certains pays n'hésiteront pas à faire régner l'ordre par l'armée. Les scénarios catastrophes pourraient être pire encore, mais il est inutile d'ajouter d'autres effets anxiogènes à la maladie et au confinement. Il n'est plus question de puissance financière, militaire ou religieuse mais de préserver la vie des peuples. Tout le contraire d'une guerre classique. Rarement dans l'existence de l'humanité, le pouvoir de l'argent aura été plus faible que celui de la vie.
L'heure n'est plus à désigner un coupable mais à anticiper. Tous les décideurs politiques et financiers du monde devront se concerter et accepter les faits. Puisque la situation est la même pour tous les pays, tous devront faire une pause et reporter TOUS PAIEMENTS, du haut en bas de l'échelle économique. Si à tous les échelons, cette pause est réelle, personne ne paiera personne. Le temps d'arrêt de tous règlements devra être réparti sur plusieurs années, du crédit familial en passant par les salaires, les factures, les crédits, les dividendes et toutes actions financières. Ne serait-ce pas là l'occasion de gommer la dette ?
Pendant ce temps, évidemment, la Terre ne s'en portera que mieux. Plus de pollution. Les animaux pourront de nouveau occuper leurs territoires, la nature reprendra ses droits. En ce début de pandémie, les défenseurs de la nature s'accordent à dire, avec raison, qu'il est grand temps d'arrêter le massacre de notre planète et que ce virus inattendu va régler le problème. Après, quand tout sera terminé... il faudra suspendre la déforestation, la fabrication de toutes sortes de plastiques, interdire les emballages polluants, limiter nos véhicules émetteurs de Co2, limiter le renouvellement vestimentaire, privilégier nos déplacements de proximité et réduire les voyages à l'étranger. Il nous faudra manger les produits locaux et de saisons. Il faudra réapprendre à vivre l'essentiel: se nourrir, s'abriter, se vêtir raisonnablement. Ce sera long, parce qu'il faudra réapprendre les gestes perdus, le savoir perdu, la sagesse oubliée.
Sommes-nous prêts, dès à présent, à vivre autrement ? Aurons-nous suffisamment compris la leçon pour accepter ce retour à une vie plus...humaine ? Saurons-nous accepter la diminution de l'assistance technologique, serons-nous capables de définir les professions indispensables et les inutiles ? Accepterons-nous la disparition des professions indésirables ? Nous contenterons-nous de découvrir plus souvent le monde dans des livres? Serons-nous disposés à délaisser nos ustensiles dévoreurs d'énergies, producteurs de matières nocives ? Parviendrons-nous à "oublier" l'argent ? Car ne rêvons pas, pour parvenir à ce nouveau bien-être, à ce paradis tant espéré, il nous faudra, en être humain responsable, apprendre à faire le sacrifice d'un certain confort, à répartir les richesses restantes. Il nous faudra réapprendre à nous contenter de ce que l'on a, à placer notre ambition non pas à travers la fortune, le paraître et l'individualisme mais dans la recherche de la simplicité, de la dignité et de l'altruisme.
Avant qu'un autre virus plus destructeur ne réapparaisse, la loi du plus fort aura-t-elle reprit ses droits ou l'Homme sera-t-il redevenu l'Homme ?
En attendant, il nous faut enterrer nos morts, faire le deuil de nos chers disparus. Il nous faut guérir.

Gardons espoir ou... rêvons ?