LOUISE BAO

 

 

Printemps des Poètes, 2020.


A tout arbre, du courage, du respect !
Goyavier, première conquête de jeu de mon enfance
Lorsque j'ai pu, derrière la maison, te grimper sans crainte
Accrochée courageusement à tes branches d'abondance
Je m'énivrai de tes fruits parfumés, d'une gourmandise non feinte.
Cocotier, gardien et nourricier de mon adolescence
Grandi et téméraire, tel un maori, sûrement je devins
Venant à bout d'un géant aux extrêmités de palmes d'encens
Mes tumultes s'évanouissent, le temps d'humer un maternel parfum.
Manguier, abri béni du peuple et de l'âge mur
Je t'ai confié mes rêves et mes amours
Secrètement, tu as guéri mes premières blessures
Comme lorsque j'aspirai le jus de ta mangue, sans détour.
Seul le bananier, jusqu'aux feuilles vertes ou séchées indispensables
Pour la construction des huttes ou pour la cuisson
Se laisse domestiquer par des braves, dans des régularités raisonnables
et présente ses régimes lourds au coupe-coupe, à cueillir debout, sans façon.
Baobab, réservoir d'eau secret et à la fois arbre du passé
Tes racines finissent en longs murmures
A mes oreilles devenues mal entendantes désormais
Etait-ce pour combattre nos fatales usures ?
Vergers, jungles et forêts entourés de mythe pour la survie
Les ancêtres à nous vous ont précieusement légués
Car la terre, sans vous, n'a qu'un infime sursis
Vous laisserons-nous disparaître les yeux fermés ?
Sécheresse, flammes, typhons et autres destructions
Nous disposons à ce jour de moyens pour s'en protéger
Alors, courage et persévérance, combattons
et méritons tous, par nos actions, le titre d'héritiers.