Voici un texte intéressant de Marc Alain Ouaknin,entendu sur France Culture hier soir vendredi 20 mars

De fait, Shri Aurobindo parle aussi du sens premier des mots , en sanscrit, dans "Le secret du veda" il considère les mots primitifs comme des forces, des énergies, que l'usage a ensuite réduit et spécialisé, mais qui par la poésie reprennent leur sens plein , dynamique..

Ainsi, si le poète peut dire par exemple, spontanément :" le blond des blés dans le bleu , le soleil "...

il ne fait que développer les sens multiples d'une racine primitive sonore : BL , au sens lumineux ..Que l'on retrouve aussi dans le Soleil, dont l'un des noms est "Bel"...( D'où Belen, Belenos : ici...Ballon )

 

Marc Alain Ouaknin dit aussi : La poésie c'est offrir des mots au rythme de sa respiration ; et : "La transcendance = transe en danse !"

 

Dans ce très bel ouvrage La Genèse de la Genèse qui paraît aux éditions Diane de Selliers, Marc-Alain Ouaknin nous livre une traduction poétique et commentées des onze premiers chapitres de la Genèse tous illustrés par les oeuvres abstraites de 70 artistes modernes et contemporains, de K. Malevitch à V. Kandinsky en passant par P. Klee ou H. af Klint.

 

Extraits de l'entretien

Quand on parle de traduction, de genèse, de textes bibliques, on a l'impression que ces textes sont faits simplement pour être lus, c'est à dire qu'ils sont de l'ordre de la parole, alors que nous sommes des êtres vivants, c'est à dire des êtres qui avons d'abord un corps. Ce livre est un bel objet, il est lourd, il a du poids, mais aussi du corps, et je crois qu'il faut redonner du corps à la voix pour comprendre ce qu'est le texte de la Genèse.

Lorsque j'ai regardé ce texte hébreu, bien sûr, je l'ai scruté, je l'ai étudié, mais très vite, j'ai fait l'expérience qu'il me saisissait et m'entrainer dans une sorte de danse. Et en fait, la tradition sémite n'est pas discursive, c'est une tradition corporelle chantée et danséeChaque lettre est comme une icône du verbe divin. Les lettres  forment entre elles, non par des mots, mais je dirais plutôt des corps de ballet, et c'est ce corps de ballet qui vient vous saisir pour entrer dans la danse.

Lorsqu'on écrit l'hébreu et surtout l'hébreu biblique, il n'y a que des consonnes, c'est à dire que le lecteur vient avec sa voix, avec ses propres voyelles, et c'est lui qui va mettre ces voyelles à ces consonnes. Il y a un auteur très important qui s'appelle Rabbi Nahman de Bratslav, qui dit que parler, c'est rendre possible l'amour entre les voyelles et les consonnes. Et donc, on voit d'emblée le lien qui existe entre le lecteur et le texte: c'est une danse entre le lecteur et le texte.

L'infini, c'est aussi l'infini de traduire. Une chose essentielle dans le langage, c'est qu'il est amphibologique, c'est-à-dire que chaque mot a toujours au moins deux significations et traduire, ce n'est pas réduire les deux significations, ce serait plutôt la possibilité de traduire les deux en même temps, alors que c'est impossible pour nous parce qu'on ne peut dire qu'un mot à la fois. En fait, c'est le contexte qui réduit la polysémie.

Je pense que chaque verset à plusieurs versants, et chaque verset est comme une montagne. Chaque traducteur est en fait un alpiniste qui a différentes voies pour pouvoir arriver au sommet.

Archives

Annick de Souzenelle, émission "Les racines du ciel", France Culture, 2010

Henri Meschonnic, émission "Tire ta langue", France Culture, 2000

 

Delphine Horvilleur, émission "Hors champs", France Culture, 2014

Références musicales

Robert WyattAlifib

The Golden Gate QuartetJezebel

Prise de son

Bernard Lagnel